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À vocation multiple, Nzuimanto n'est rien d'autre que la vitrine de l'Afrique et du Cameroun en particulier sous tous ses angles. Le blog abordera tout type de sujet associé au Cameroun (ma terre natale), c'est un melting-pot de tous les domaines de la vie sociale, qui se chargera d'essayer de vous refléter votre quotidien et éveiller pour ainsi dire votre intérêt pour ce qui nous entoure en tant qu’africain et camerounais en particulier. Derrière Nzuimanto, ce cache une idée, un concept, une philosophie et enfin une personne : Moi, jeune camerounaise et fière de l'être. Ce blog est un condensé de ma vision de la vie, de ma passion et mon amour pour ma chère patrie le Cameroun, mais aussi une jolie collection des diverses participations, productions et oeuvres de mes amis et connaissances. Pour plus d'informations à mon sujet ou au sujet de mon blog, veuillez svp me laisser vos messages en MP . Bonne lecture... Nzuimanto

dimanche 19 juin 2011

L'étudiant camerounais en Italie.

Pendant un moment, une petite idée m'a turlupiné le cerveau, et je me suis décidée à la mettre en application. J'ai pensé vous faire partager diverses expériences d'étudiants camerounais un peu partout dans le monde, afin que cela serve de point d'appui ou d'orientation à nos jeunes frères encore au Cameroun, qui aimeraient bien planifier leur avenir et faire les bons choix; mais aussi que cela soit des témoignages pour les étudiants déjà expatriés, afin qu'ils puissent avoir une idée assez claire de ce qui se passe ailleurs et qu'ils comprennent que dans la vie, chacun a son destin. Je vous réserve donc une signe de témoignages du même registre et j'ai l'honneur de commencer ce soir par celui ci-dessous, exhaustif et super bien rédigé et détaillé pour votre plaisir...
Un big MERCI à tous ceux qui auront accepté de me livrer ces témoignages palpitants et riches d'informations. Merci pour votre disponibilité et votre générosité à nous faire revivre votre histoire ou alors celle d'un étudiant Kmer loin de son bled.
Nzuimanto

Une histoire all'italiana.

Bonjour à tous cher(e)s frères et sœurs,

Mon nom à moi est Tchamba et je suis résident en Italie depuis presque cinq longues années maintenant. Si j’écris ces quelques mots, c’est par rapport à la demande d’une jeune demoiselle qui est aussi une amie à moi et que j’apprécie beaucoup par son dynamisme et son ouverture sur les choses du monde.
Elle m’a demandé de rédiger l’histoire d’un jeune camerounais vivant en Italie, ceci dans le but qu’elle puisse servir à l’orientation de mes jeunes frères et sœurs qui hésiteraient sur la marche à suivre quand à leur futur et la poursuite de leurs études hors du pays. Pour mener à bien cette mission, mon récit sera ponctué de mon parcours personnel mais, j’essaierai d’insister le moins possible sur cet aspect.


Comme je le disais tantôt, je suis résident en Italie et j’y suis depuis à peu près 4 ans (hormis mon année académique en France dans le cadre d’un double diplôme), pour cinq ans en Europe. Je réussis avec succès à l’examen du Baccalauréat G2 au courant de l’année 2004 à la suite duquel, je fréquente le cours d’italien à partir du mois de septembre de la même année conclu en avril 2005 par l’obtention de mon ”CELI B2” (diplôme linguistique italien qui conditionne le départ en Italie pour motif d’études).

Malheureusement, je partirai seulement l’année suivante. En cause, la nouvelle législation en vigueur du nouvel ambassadeur qui prolonge la durée d’analyse des candidatures. Durant cette longue année de galère, je réussis à trouver du travail au Port autonome de Douala où je travaille comme “shipchandler”.  La société pour laquelle je travaille mettra une voiture à ma disposition et me fournira tous les moyens (surtout financiers) pour gérer en toute autonomie mon job. Dans un premier temps, tout marche plutôt bien et je gagne beaucoup d’argent.  J’irai même jusqu’à penser  rester au Cameroun (Douala) car je suis le plus jeune à mon boulot (donc on « wanda » un peu sur moi..) et surtout je gagne pas mal de « dohs ». Cependant, je déchanterai très vite pour le simple fait qu’au port, tout fonctionne comme les saisons (pluvieuse, sèche, etc.); il y’a des moments où on gagne beaucoup mais aussi, des moments ou le « nguémé » peut finir quelqu’un. Je décide donc de continuer à étudier car je pense à cette époque que c’est le juste choix.

En 2006, je débarque en Italie comme “un indien dans la ville”(ndlr. Une comédie américaine). Je suis émerveillé par tout ce que je voie, plein de blancs... de beaux paysages et plein de belles meufs blanches ah ah ah ah..lol. Je vais immédiatement m’inscrire en faculté d’économie et demandé une bourse d’étude qui me sera octroyer en deux tranches. La premiére dès décembre et la deuxiéme après avoir atteint un certain nombre de crédits (UV) [ndlr. Points qu’on se voit attribué à chaque fois qu’on valide une matière dans le système universitaire européen].

Le plus dur a été de m’adapter au nouveau mode de vie. L ‘africain (surtout le noir) continue d’être vu par beaucoup d’européens comme un crève-la-faim. La conséquence directe de ce que je viens de dire est que, TOUT ce que vous aviez pu faire dans le passé ne compte pas ! Dans ce sens que, ils sont convaincus que vous venez d’un endroit sans eau, électricité, écoles, routes, hygiène sanitaire et j’en passe… malheureusement la majeure partie de ce qu’ils savent de nous (c’est-à-dire pas grand chose) ils l’ont vu à la télévision et très souvent, l’Afrique dans les chaines de télévision Occidentale est décrite comme un continent en constant conflit et très pauvre.

Pour retourner à mon récit, tout étudiant Camerounais qui arrive en Italie doit par conséquent (selon moi) se considérer comme un nouveau né.
Il faudrait idéalement oublier touts nos exploits passés et essayer de se “recréer“ une nouvelle histoire/identité pour démontrer/prouver à ces personnes ce qu’on vaut.
Heureusement ou malheureusement, En Italie on te juge sur ce que tu es capable de faire et non sur ton passé ou sur la fonction de tes parents. Je me suis donc appliqué du mieux que j’ai pu afin de profiter des nombreux avantages que m’offrait ce système.

Parce que je m’en sortais assez bien à la fac (aux prix de beaucoup de sacrifices), j’ai toujours réussit à mes examens donc perçu une bourse d’étude (qui dans ma ville s’élève à 5000€ environ par an). Après ma deuxième année, j’ai participé à un concours pour pouvoir aller en France (Strasbourg) faire une double licence et j’ai été retenu. Après mon retour de la France, j’ai passé des sélections pour m’inscrire à un Master (MIM : Master in International Management) et là aussi j’ai été retenu. L’été dernier, j’ai participé à un autre concours (et j’ai également été retenu) pour un Master bref et intensif d’une durée de six mois dénommé “Executive Program in Banking and Corporate Finance” ponctué par un stage de deux mois dans une multinationale italienne. Au moment précis où je vous parle, je suis sur le point de terminer mon Master (MIM) et cet été j’ai été retenu après un autre concours (encore??? Et oui…) pour participer à une formation professionnelle dans le secteur de la consultance afin d’approfondir/parfaire mes connaissances et probablement commence à travailler.

En Italie on parle beaucoup de discrimination et de racisme. Tout ceci n’est pas de la fiction, mais il faut que vous sachiez que si vous n’avez pas réellement à faire avec ces personnes, vous vivrez très peu ces situations parfois embarrassantes. De mon expérience personnelle, le racisme/xénophobie se manifeste beaucoup plus dans les classes inférieures de travailleurs (ouvriers, main d’œuvre peu qualifiée). En effet, plus vous avancerez  moins vous serez considéré comme le « nègre  seulement bon à nettoyer et à transpirer ». Qu’on se le dise bien, je n’ai rien contre ces professions bien au contraire. J’essaie juste de raconter de façon objective mon expérience personnelle. Ceci dit, une fois que je me suis concentré sur les études, les choses étaient beaucoup plus faciles. Je m’arrangeais à gérer le “peu” d’argent que j’avais durant l’année et à faire quelques jobs en été pour arrondir. J’ai fonctionné comme cella jusqu’au moment ou j’ai été pris pour le Master et là, j’ai fait la requête d’un prêt d’étude (5000 € par an pendant deux ans, à rembourser pendant 5 ans, à partir de la 3éme année du prêt). Cette somme d’argent venait s’ajouter aux 5000 € annuel que je perçois par ma bourse d’étude (soit une disponibilité annuelle de 10 000€).

Ce choix je l’ai fait pour conclure de la meilleure des façons mon cursus universitaire et pour ne pas laisser passer des opportunités pas manque de moyens financiers. Jusqu’ici je peux dire sans risquer de me tromper que ma décision a été la bonne.

Le point noir de mon séjour italien est la représentation diplomatique camerounaise en Italie (l’ambassade du Cameroun). Malheureusement et je dis bien malheureusement, mon passeport devait expirer en février 2010. Pour pouvoir faire la demande d’un nouveau permis de séjour, il fallait le renouveler et donc aller à Rome. Grande a été ma déception sur le fonctionnement de notre ambassade; le site de l’ambassade est floué et pas clair dans les explications des documents à fournir, sur place le personnel est très mal éduqué et irrespectueux, les délais ne font pas partis de leur vocabulaire. 


Pour vous donnez une idée de ce que je raconte, j’ai dépensé un peu plus de 300€ (frais de voyage et “légalisation” des dossiersà passeport, acte de naissance et carte d’identité), ceci avant même de pouvoir payer les frais d’établissement du nouveau passeport qui s’élevaient à 250€ (ndla.Cliquez ici pour vérification de cette assertion.) et sans avoir effectué les deux voyages supplémentaires (140€) pour rentrer en sa possession. Après toute la peine que j’ai enduré (et après avoir compris que les camerounais en Italie ne sont pas les bienvenues dans leur propre ambassade), il m’avait été promis qu’après 3 mois à peu près j’aurais reçu une convocation pour aller laisser mes empruntes digitales (passeport biométrique) mais, jusqu’à l’heure ou je vous parle (cet-à-dire après plus d’un an) je n’ai toujours pas été convoqué.

Heureusement, suivant le conseil d’un ami, j’ai été le faire en France (Paris) et après trois mois seulement d’attente et 120€ dépensés,  j’ai obtenu mon précieux “sésame”.

Pour conclure mon récit, je m’hasarderai à donner quelques conseils à mes jeunes compatriotes désireux de venir étudier en Italie.
L’Italie est un pays développé et donc les mentalités sont très différentes. Il est important de s’intégrer le plus tôt possible pour voir s’ouvrir à vous plusieurs portes et de nouvelles opportunités. La première intégration est linguistique, donc vous essayerez de faire tout ce qui est nécessaire pour parler l’italien de la meilleure des façons possibles (regarder des films en italien, côtoyer les italiens, regarder la télévision italienne, lire les journaux italiens) et ne pas vivre fermé avec la nostalgie du Cameroun.

Le fait que vous soyez Presque “neuf” à l’inconvénient de faire ignorer votre passé mais, à l’avantage de vous donnez l’opportunité de faire voir ce que vous valez et de vous construire une meilleure personnalité.
Pensez à vous créer un chemin vers le futur et ne voyez pas les choses à court terme. Si vous n’avez pas de pressions familiales (envoyer les « dohs » au pater ou à la mater), éviter autant que faire se peut de travailler, car ici en Italie on a l’avantage d’avoir la bourse et donc la possibilité de choisir le juste moment  pour les jobs. Beaucoup vous diront que travail et études sont très difficilement conciliables. En outre, il est possible d’obtenir une aide financière dans certaines villes (prêts) après l’obtention de la licence pour ceux  désireux de continuer en spécialité/Master. Nul n’est besoin d’être particulièrement brillant pour se frayer un chemin (j’en suis la preuve) mais, il faut croire fermement en ce qu’on fait et fondamentalement, il faut se fixer des objectifs à moyens et long termes. En fait, très souvent si vous ne faites pas attention, vous deviendrez votre propre ennemi car, en l’absence d’objectif, vous vivrez de comparaisons avec les autres et de frustrations.
Avec le temps, l’expérience, le  recul et quelques réalisations le complexe d’infériorité (pour ceux qui en ont) lié à la couleur de la peau ou au genre (masculin/féminin) tendra à disparaitre et votre jugement sur les personnes sera beaucoup plus objectif et base sur la méritocratie.

J’éspére que mon récit vous aura aidé de quelque manière que ce soit dans votre prise de decision. Toute chose ne pouvant être parfait, je vous invite a me poser des questions si vous avez le moindre doute. Je me ferai un plaisir de vous éclairer.

Amicalement, 
Tchamba
Réactions :

2 commentaires:

bieminou georges a dit…

Bravo,man.moi je reside en italie depuis plus de 10 ans et c'est la premiere fois que laisse un commentaire dans un blogge.ton recit est tres construtif.georges cafu

Benjamin Wansi a dit…

Bravo mbom,c'est bien la premiere fois que je tombe sur un article aussi revelateur de la realité que nous etudiants africains vivont en italie,je n'en suis qu'a 2ans ici en italie,mais deja que je pouvais m'identifier à travers tes ecrits.je prepare d'ailleurs une thèse sur ce thème,cet article me sera d'une grande utilité,merci et bon courage.

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